Le Fantome du camp

Maître Julius Goldberg

MAITRE JULIUS GOLDBERG, AVOCAT DE VIENNE, INTERNE A NEXON
D’après «LES MIRADORS DE VICHY» de Laurette Alexis-Monet

« Je vous présente mon humanité, puisqu’elle me fait semblable à vous.
Je pèse 45 kilos. Je n’ai plus que quelques dents, et mes cheveux tombent.
J’ai perdu mes lunettes lors de mon dernier transfert. Sur mon dos courbé, mes omoplates s’ouvrent comme les ailerons d’un oiseau qui chercherait à s’envoler. Je sens mauvais : voici plusieurs jours que, faisant la queue aux robinets de plein air appelés toilettes, l’eau est coupée (c’est l’heure, la quantité est rationnée) avant que mon tour n’arrive. Et puis je sens mauvais aussi parce que je dors tout habillé ; ma chemise sent la transpiration parait-il. J’en doute parce que je me demande quand je pourrais bien transpirer : j’ai froid sans arrêt.

De temps en temps s’échappe de moi un bruit indiscret et pestilentiel ; nous mangeons des rutabagas presque à chaque repas. Sous mon pantalon je n’ai plus de caleçon, mais les œuvres sociales de l’UGIF m’en ont promis un pour bientôt. J’ai des crampes d’estomac. Je pense sans arrêt à la boîte de pâtes de coings que mon voisin a reçue hier dans un colis suisse. Il en a mangé la moitié d’un coup : quelle voracité. Comment lui en voler un morceau ? J’ai mal au ventre, et je rabâche : pâtes de coings, pâtes de coings, pâtes de coings…
Je m’excuse, j’ai oublié de me présenter : Maître Julius Goldberg, ancien avocat au barreau de Vienne. On m’écoutait. Ah, j’oubliais…enfin j’y pense et puis j’oublie : comment penser en creux, ne penser que du doute ? J’avais une femme, elle était à Gurs. Depuis le mois d’août je n’ai plus aucune nouvelle. Il faut que j’arrive à ne pas trop y penser.
J’ai dit que je vous présenterais mon humanité, et puis mes droits. L’humanité ça y est…enfin j’ai fait de mon mieux. Mes droits c’est les autres. Je ne peux pas aller les chercher dehors, ces droits puisque le dehors n’en fait pas partie. Alors c’est ici le lieu de mes droits : le camp hôpital de Nexon. Par où commencer ?

Droit d’être quelque part,droit qu’on me pose en un lieu où il serait possible de manger, dormir, déféquer, se laver, et même être soigné.
Autrui ne fait pas partie de mes droits, que je sache. Enfin quand je dis autrui, voila que moi aussi je me mets à penser « indésirables ».
Alors : le camp, mon « droit » ?
Je vis parmi les quatre-vingts autrui de la baraque B : tout de moi est vu, entendu, senti. Tout des autres s’impose à moi. Nous apprenons à nous éprouver, nous aussi, réciproquement, comme « indésirables ».


On y croit ferme à la réalité de cet « interné du camp de Nexon » ! Cependant,
ne cherchez pas cet avocat dans les archives du barreau de Vienne : il s’agit d’un interné jamais né ! Je tiens cette précieuse information d’un professeur d’histoire de Limoges, ayant obtenu un aveu de l’auteur uniquement sur ce point.
Et combien d’autres internés décrits dans ce livre, photos à l’appui, ne sont jamais nés, comme Julius Goldberg ? Combien d’autres faux déportés-disparus, de ce livre, photos à l’appui, étaient vivants, comme l'est Jeannine, nommée « Liselotte » ?

Bilan : Laurette Alexis-Monet est une excellente romancière, ayant un talent rare pour dépeindre la misère. Ses images sont d’un réalisme bluffant. Sauf qu’elle utilise ses dons en littérature misérabiliste, pour s’appliquer à nous faire croire, par le biais de moyens frauduleux, que ses fables sont de la vraie histoire de 1942-43.
Laurette Alexis-Monet invente les personnages, avec des descriptions saisissantes, elle invente les histoires avec un réalisme troublant…elle invente même les archives, afin qu’elles collent aux contrevérités de son livre, pour nous les faire accroire ! Très fort !
Hélas, des historiens contemporains de renom se feront prendre au piège, et vous y entraîneront !

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